Hiba, de Chatilla (Liban), tiré du livre L

Ce portrait est tiré du livre L (voir livre)

bev - 2008 - 275 - 11

Photo de Vincen Beeckman

Hiba

Chatilla, lundi 23 mars 2009

Dans le camp de Chatila, on vit les uns sur les autres. Ce n’est pas une expression. On vit vraiment les uns sur les autres. Quand les grands-parents de Hiba sont arrivés, expulsés de leur vie en 1948, ils ont d’abord logé dans une tente. Puis ils ont construit « en dur », dans la banlieue de Beyrouth. Slalomant entre les guerres, entre travail libyen et persécution libanaise, phalangiste, israélienne, le papa d’Hiba a construit un 1er étage et s’est installé au dessus de la grand-mère. Puis l’oncle d’Hiba, Mahmoud Abous Jamous, a érigé un deuxième étage pour y loger sa famille S’en est suivi Naser Abous Jamous au 3e et Fadi Abous Jamous au 4e. Aujourd’hui, Imad Abous Jamous est juché au cinquième étage.

C’est une histoire qui a beaucoup de poids pour Hiba, seize ans dont soixante d’exil.

Seize ans, c’est l’âge des cœurs griffonnés sur l’éternelle brique provisoire du camp. Un cœur rouge sur le balcon, avec un H pour Hiba, un M pour Mouna, son amie.

Seize ans, c’est l’âge d’aimer le chanteur égyptien Tamer Hosni et la libanaise Alisa. Hiba garde une photo de Tamer Hosni collé sur une feuille dans son carnet de messages d’amies. Il chante des chansons d’amour ; tantôt le garçon part, tantôt c’est la fille. Elle aimerait bien avoir un poster. Même pas un mur de chambre. Juste  un poster. De temps en temps, Hiba de Chatila se rend au vidéclub avec ses amies. Mais c’est rare. Elle sort peu. Dans les petites ruelles, les fils électriques se disputent le ciel avec le béton qui pousse dans le chaos de Dieu. Des affiches de martyrs lambinent aux murs. Un type en civil, mitraillette en main et petites roquettes autour de sa ceinture, croise Hiba. Seize ans. De temps en temps, elle va faire du shopping avec sa mère. C’est elle qui décide de ses fringues. Elle danse dans le groupe Beit Atfal, au Shatila center. C’est une danse spéciale pour Palestinienne. L’héritage de la Palestine en elle, précise l’assistante sociale. Peut-être. Sans doute. Hiba sera coiffeuse, ou informaticienne. Pleine d’envie et de courage. À sa manière, elle se bat.

Le papa d’Hiba et malade, une maladie qui le traverse de part en part, rend de la langue à l’estomac un corps de douleur. Il est le 3e cas au Liban. Tout le système digestif est touché.

Il n’a été que deux ans à l’école. Il a appris très tôt un métier parce que son père avait besoin de lui. Il a connu la guerre à 12 ans. Aujourd’hui, il est Son papa et malade, une maladie qui le traverse de part en part, le prend de la langue à l’estomac. Un corps de douleur. Il est le 3e cas au Liban. Tout le système digestif est touché.

La famille vit avec le parrainage de Hiba, assuré par René. Hiba montre la photo d’un homme blanc, photo d’un mariage. René passe par Action Développement Parrainages Mondiaux qui soutient le NISCVT.  Kassem AINA, directeur, explique que depuis 1984, beaucoup de Belges soutiennent un enfant. Certains envoient de l’argent, d’autres encouragent les études. Ils sentent une famille, des amis extérieurs, c’est important pour eux de ne pas se sentir seul.  « On rend indépendant notamment pour éviter qu’ils rejoignent les groupes fondamentalistes. Si vous êtes éduqués, vous êtes indépendants. On ne donne pas juste une formation, mais aussi des leçons sur les droits humains, nous leur offrons une prise de conscience aussi. »

 

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