Jeannette (du Burundi) – tiré du livre L

Portrait tiré du livre L (voir dans la catégorie livre)

bev - 2009 - 294 - 06

Photo de Vincen Beeckman

Jeannette, Bugendana (la colline de Mukoro, sous-colline Nyabitwe), Burundi

A Bugendana. Le sang a coulé tant de fois.

Le papa de Jeannette tué lors des massacres de 1996.

Problème de la terre, problème d’héritage.

Si la pauvreté squatte quelque part sur terre, c’est chez Jeannette.

Elle occupe une petite partie de la parcelle de sa maman, avec son frère Prospère et sa sœur Eliane. Ces deux-là sont toujours à l’école et Jeannette assure leurs besoins. Elle est née en 1987, hors mariage. Ici, c’est la maison des grands parents.

Un cube grossier de terre cuite percé de trois petites fenêtres, tout en terre. Le toit s’écroule. Le cube est divisé en trois minuscules pièces. Une cuisine avec un coin pour des hamsters comestibles. Deux chambres. Dehors, un enclos fait office de sépulture pour les deux dernières poules de Jeanette, dévorées par un chien.

Le toit s’écroule d’un côté. Il y a des courges en face de la maison, un ngani gani a un mètre de

La maison est encerclée de plantations qui n’appartiennent pas à Jeannette. A plus ou moins deux mètres de la maison, des bornes Ngan gani invisibles aux yeux du Blanc délimitent la propriété. Vivre en campagne sans terre, c’est comme vivre sans oxygène. Jeannette travaille d’autres. On lui donne une partie de la récolte ou alors de l’argent. 500 frs par jours. Le kilo d’haricots est à 800 francs.

Jeannette attend que Prospère soit majeur pour aller vivre sur la parcelle du papa. C’était un bon papa. Il avait inscrit Jeannette à l’état-civil. Il apportait du matériel et des uniformes scolaires. Car Jeannette a été à l’école jusqu’à ce que sa maman meurt, en 2006. Elle s’appelait Marie. Elle manque tellement à Jeannette, tellement. Elle en parle un peu mais rentre vite cacher ses yeux dans le cube en terre.

Jeannette attend que Prospère soit grand parce qu’ils ont peur des oncles et des cousins. Il y a des risques de violences.

Ces gens ne veulent pas partager mais la loi l’impose. Les oncles ont reconnu que Jeannette devait avoir une partie de la terre et c’est le tribunal qui va diviser la propriété, le problème est réglé au 3/4, Capitoline est confiante, ca va aller à l’amiable.

Quand elle aura une terre, Jeannette n’ira plus travailler chez les autres. Elle cultivera des haricots, des patates douces, du manioc, des arachides, pour manger et pour vendre. Quand la récolte suffira, elle ira acheter des habits pour ses frère et sœur. Elle va avoir une petite vie. Elle s’en sortira. Avec toute son énergie et sa dignité. Le regard triste sur les collines privées de Marie, mais elle aura au moins la paix dans le cœur. C’en sera fini des chicaneries avec la famille.

Explication de la situation de Jeannette

Sur la colline, la brume n’était peut-être pas encore dissipé ce matin là, ce 20 juillet 1996, lorsque les milices du FRODEBU-CNDD-FDD massacrèrent des centaines de  civils à Bugendana, en Province Gitega. Les chiffres varient selon les sources, mais l’estimation d’un peu moins de 400 morts est la plus fréquemment citée.  Hommes, femmes, enfants, tous coupables d’être tutsi, survivants d’un ancien massacre de 1993. Jeannette a alors six ans. Elle survivra, son papa est tué. A ce jour, les coupables n’ont toujours pas été jugés.

La maman de Jeannette est morte en 2006 et depuis, elle a repris la charge de son frère et sa sœur. Jeannette est soutenue par l’association Sangwe Kibondo.

Cette organisation recueille et défend les orphelins de la région de Gitenga. Elle retrouve les traces de la famille pour que l’enfant puisse hériter. Constituant des fiches pour chaque enfant, elle fait notamment en sorte que les enfants aient une existence administrative légale afin de pouvoir bénéficier de leurs droits. « depuis 2002, nos enfants sont dans la légalité. » annonce fièrement Capitoline, présidente de l’association.

Capitoline est parmi les fondatrices de Sangwe Kibondo. Elle est devenue présidente malgré elle, lorsque son prédécesseur, une professeur, a été assassinée en 2002 par un militaire qui n’avait pas réussi à l’école.

Sangwe Kibondo travaille avec un réseau de 12 associations sur les collines. A Bungandana, l’association Association Tureruburundi 1 (éduquer pour le Burundi) est partenaire. Il a été impossible pour elle de s’occuper de tous les enfants touchés. Il y eut 500 tués en une nuit.

Là-bas, Nyavyago Goreth identifie les enfants orphelins. Sangwe Kibondo couvre 60 enfants pris en charge à 100%. C’est la scolarité, la santé, et on essaie de les habiller et d’appuyer les familles qui les accueillent.

Sangwe Kibondo fait le suivi des biens laissés par les parents. Comme les gens croyaient que les enfants ne reviendraient plus ils ont pris leur terre.

Afin de l’accompagner dans ses démarches administratives, l’association burundaise a pu compter sur le soutien de RCN Justice&Démocratie. Cet ONG belge apporte son expertise en matière de droit et justice dans des pays émergeant d’un conflit armé. RCN Justice&Démocratie a notamment organisé des séminaires sur la législation burundaise afin que les associations partenaires. Goreth a suivi ce séminaire de RCN pour Sagnwe Kibondo. Elle connaît à présent mieux les droits de chacun. Dont Jeannette.

 

Sangwe : embrasser très fort

kibondo : enfant

FICHE DE RENSEIGNEMENT  SUR L’ENFANT SANGWE

(lettre dactylo machine à écrire)

« Je sous-signé le Lieutenant-Colonel Gouverneur de la Province de Gitega, XXXXX (note illisible) que XX, orphelin suite à la crise d’Octobre 1993. »

 

CIRCONSTANCE DANS LESQUELLES L’ENFANT A ETE TROUVE : victime de coup de machettes, cicactrices partout sur le corps.

 

Début de kwashiorkor (malnutrition)

Autres renseignements : sa mère est à Bujumbura il y a huit ans et n’est pas venue voir son enfant.

Statut : enfant chef de ménage

Jeannette Hakizimana -> nom du papa -> « le Dieu qui sauve »

Marie Kandore -> « regarder », « se regarde »

Ecrit à la craie sur la porte : week-end Nziza (bon week-end), VANDAME. « C’est quand Prospère assiste à une vidéo là-bas » (au village)

Une  bière est de trop dans la commande. Jeannette la boit : « c’est peut-être la seule occasion d’ici trois ans que j’aurai de boire une bière alors j’en profite ».

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