Round 10, le combat n’est pas fini

Article publié dans le quotidien Le Soir du 5 janvier 2012,

 Round 10, le combat n’est pas fini

Créé en 2002, le Fonds mondial (Global Fund) lance chaque année des appels à proposition (des « rounds ») pour financer des pays dans la prévention et le traitement du sida, de la tuberculose et/ou du paludisme.

Le Cameroun avait obtenu en 2003 31 millions de dollars (round 3) et 11 millions en 2005 (round 5) pour lutter contre la propagation du Sida. La gratuité des ARV ainsi que la subvention des nombreux bilans à effectuer avaient pu être lancées grâce à ces apports financiers.

Mais les demandes camerounaises suivantes aux rounds 6, 7, 8 et 9 concernant le Sida ont toutes été refusées. Ces échecs s’expliquent de plusieurs façons : haute exigence du Fonds, qualité technique insuffisante du dossier camérounais, mauvaise gestion de la coordination nationale (CCM), soupçons de corruption. « La reddition des comptes étaient difficiles et la transparence financière peu claire de 2005 à 2007 », explique diplomatiquement le Dr Mamadou Lamine Sakho

L’absence de financement du Fonds entre 2005 et 2011 « ne fut pas une catastrophe, assure le docteur Ibile Abessouguie du CNLS (Comité national de lutte contre le sida). Le troisième round durait jusque décembre 2009. Et après, nous avons reçu des fonds en tant que ‘continual services’ pour permettre les soins des personnes déjà sous traitement ARV ». Côté CENAME, le directeur général Oussoumanou Taousse préfère également parler de « petit problème », mais Mamadou Lamine Sakho (ONUSIDA) est moins optimiste : « la disponibilité des services basiques ont souffert de ces échecs. Le gouvernement a ciblé les ARV mais tous les autres domaines ont été affaiblis. De plus, la Banque mondiale a suspendu son financement. Les besoins en soins, en test, sont aujourd’hui criants ».

Bonne nouvelle tout de même : le Cameroun a réussi à monter dans le train du dixième round pour le HIV / Sida. Soit 97 millions d’euros entre 2011 et 2015 centrés sur la disponibilité d’ARV pour personnes éligibles, la transmission mère-enfant et la prévention dans les groupes à risques. L’assurance d’une amélioration sur le terrain ? Alain Fogué de l’association Positive Generation en doute : « Cela ne changera pas fondamentalement les choses : si vous avez dix litres d’eau, que vous y ajoutez quelques gouttes alors qu’il vous faut 40 litres, les quelques gouttes ne révolutionnent pas la situation. Nous sommes restés quatre ans sans appui. C’est un gouffre énorme ».

L’argent du global Funds couvrira le tiers des besoins pour la stratégie 2011-2015 du gouvernement. Du coup, « on continue à chercher des partenaires, poursuit docteur Ibile Abessouguie. Par exemple, pour les ARV, le Fonds apporte 45% des besoins. Le reste c’est soit l’Etat, soit d’autres partenaires à trouver ».

S’affranchir de la dépendance des ressources extérieures est un des chantiers à investir pour Mamadou Lamine Sakho. Le Cameroun est trop fragile face aux difficultés de décaissements des bailleurs ou à une moindre contribution de donateurs frappés par la crise financière. « La durabilité financière n’est pas garantie. Or, un malade sous ARV a besoin de perspectives à long terme. Il a besoin d’être soutenu. 75% du budget vient de partenaires externes. C’est un grand défi pour le Cameroun que de se réapproprier ce combat. »

Olivier Bailly

 

 

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