La question que personne n’ose poser à Johnny

Humeur publiée dans le dernier « Déclics et des claques » 

JWeissmuller4johnny-thijs

C’était dans le Soir  le 27 décembre 2013, 300.000 ouvriers cambodgiens du textile réclamaient un doublement de salaire (de 80 à 160 dollars). Moins  gourmand, le même jour, un certain belge, appelons-le Johnny, envoyait ses amis patrons flamands se scandaliser de sa réduction drastique de salaire (de 1 million à 650.000 euros).

Sur le salaire de Johnny, une fois la déontologie et la business reality épuisées, reste la question pratique : à quoi vas-tu dépenser cet argent, Johnny ? Pourquoi pinailler sur 350.000 euros par an quand on en a gagné 11 millions en une décennie ? Personne n’osera te la poser, cette question, Johnny, parce que cela ne se fait pas. Mais je te la pose.

Tu as pu t’offrir une belle maison, une belle voiture, de belles vacances. Tu manges bien, tu dors bien, tu as assuré ton avenir et celui de tes enfants, qu’est-ce qui te manque au point que ces 350.000 euros soient cruciaux ? Si tu m’expliques que tu en as besoin, que tes fins de mois commencent le 15, que sans cet argent tu risques de te retrouver au Samu Social, je peux l’entendre, mais Johnny, tu sais, tu n’es pas un ange, on ne va pas te donner le bon dieu et ce fric sans confession.

Cela dit, Johnny, même si tu ne réponds pas, un patron dans le même journal a craché l’hostie : « On pourra trouver sans le moindre doute d’excellents profils pour diriger Belgacom ou bpost à ce prix là. Le seul souci, c’est que l’on ne pourra pas empêcher ces patrons de comparer leur salaire avec ce qui est proposé ailleurs dans le secteur. »

Aaaaaaaahhhhh C’est donc ça. L’important, ce n’est pas un salaire en adéquation avec tes envies (tes besoins, reconnais-le, sont depuis longtemps comblés). Il s’agit d’obtenir un salaire en adéquation avec ton statut, ton grade, ta place présupposée parmi les puissants. Au Cercle de Lorraine, discretos, entre patrons post pubères, on se compare les longueurs de fiches de paie.

Johnny…J’en jaunis à l’idée. Franchement…Considérer sa valeur à l’aune de son salaire. Qu’en est-il du prestige, de la notoriété, de l’éclat du métier, de la position sociale ? Johnny, t’es trop deep. Si tu croises Obama (+- 400.000 dollars par an) ou plus probablement Di Rupo (230.000 euros), Johnny, tu vas vraiment leur expliquer que tu gagnes tes 350.000 euros en plus parce que toi, tu as (avais) de lourdes responsabilités ?

Allez Johnny, be good. Tu ne vois donc pas que la chose d’Etat, même bpost, apporte aussi ses lettres de noblesse ? Fais comme Weismuller, Johnny, jette-toi à l’eau. En piscine hein. Tu gouteras au bain public.

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2 réponses à “La question que personne n’ose poser à Johnny

  1. « entre patrons post pubères, on se compare les longueurs de fiches de paie » : magnifique !
    Un jour, un big boss américain actif dans le caoutchouc a dit à mon père : « je ne vous demande pas combien vous gagnez en Belgique, je vous propose le même montant en dollars » (ce qui devait faire à peu près à l’époque x50 ou, x60). Mon père a répondu non : j’aime ce que je fais actuellement, je gagne bien ma vie ici et je ne sais pas manger trois steaks à la fois ou enfiler cinq chemises en même temps. A quoi bon…

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