Négociations entre Onkelinx et Alexion : je peux poser une question ?

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Le médicament Soliris après sa mise en boite par Alexion / Source : Alexion

Laurette (2006) avant sa mise en boite par Alexion / Source : Michiel Hendryckx, CC

Ce week-end (21&22 mars 2015), le quotidien flamand De Morgen a révélé les coulisses des négociations en 2013 entre Laurette Onkelinx (PS), alors ministre de la Santé, et l’entreprise pharmaceutique américaine Alexion. L’objet des palabres ? Le remboursement du médicament Soliris, dont le traitement permet de sauver la vie des personnes atteintes du Syndrome hémolytique et urémique atypique, une maladie très rare, grave et potentiellement mortelle. Soliris est aussi, selon Forbes, le médicament le plus cher du monde. D’après De Morgen, Madame Onkelinx n’a pas été très adroite dans la négociation. Il n’en fallait pas plus pour que les Gaulois du web dominical tombent à bras raccourcis sur l’ancienne ministre. Et tout le monde de reprendre, elle « a fait des concessions », « un traitement de faveur ». Et elle a cédé à une forme de marketing du chantage.

Avec les quelques antécédents de négociations hasardeuses d’Onkelinx avec le secteur médical, il était tentant de joindre sa voix aux personnes scandalisées du web. Un accord secret, de l’entreprise pharmaceutique, une politique de plus en plus honnie. Le cocktail virait Molotov. C’est fou comme l’aigreur peut vous mener loin de ce qui me paraît aujourd’hui être la vraie question : qui étaient ces types en face d’elle qui négociaient en brandissant la vie d’un enfant ?

 

Bienvenue dans le monde des pilules difficiles à avaler

Si des personnes négocient à pied pour le prix d’un médicament alors que la vie de personnes en dépend, on peut imaginer que chaque sou compte pour la recherche et développement des techniques.

Et puisqu’il faut vraiment épargner tout cet argent pour le bien-être des patients, Alexion Belgique est la propriété d’une société basée en Hollande et d’une autre aux Bermudes, paradis pour les épargnants (détail amusant, cette société qui a pollué la vie d’une élue PS a été créée par un acte du notaire Oliver de Clippele, par ailleurs élu MR).

Constitution Axelion Pharma Belgique

En 2013, Alexion Belgique affiche un chiffre d’affaires de 15,12 millions d’euros et un impôt de 260.000 euros. Ce faible montant s’explique entre autres par le fait que Alexion Belgique dépense 9,7 millions d’euros en achats. A qui ? De quoi ? Je l’ignore mais je pose quand même la question. Le bénéfice de l’exercice 2013 se monte à 400.000 euros, le bénéfice cumulé est de 1,34 millions d’euros.

Dans le rapport de gestion de 2013, l’AG d’Alexion Belgique peut lire ceci :

Risques et incertitudes

Ce paragraphe n’est pas très clair, si la réduction de budget concerne l’Etat belge, ces lignes concrétisent le lien direct entre le remboursement de la sécurité sociale et la croissance de l’entreprise.

S’il y a pourtant une santé pour laquelle la maison mère ne doit pas s’inquiéter, c’est la sienne :

Chiffres d'affaires 2013 - zone bourse

Source : zonebourse

Selon Forbes en 2010, Soliris est le médicament « le plus cher du monde ». Malheureusement pour lui, le patron d’Alexion n’est pas le plus cher du monde. Leonard Bell n’était « que » le 137e salaire des patrons en 2012, année où il a engrangé 12,7 millions de dollars. Comme quoi, on peut chercher à économiser à tout prix au niveau fiscal et se montrer plus généreux en matière salariale.

Leo Bell

Source : Forbes

 

Alexion et les médias

Alexion aime médiatiser ses patients. Particulièrement les enfants. Voici la page d’accueil du site :

Page d'accueil Alexion

Source : Axelion

Dès cette page sont accessibles sept histoires de bénéficiaires des médicaments d’Alexion, dont deux enfants.

Alexion aime vraiment beaucoup médiatiser ses patients.

En 2013, la négociation s’est déroulée dans un climat médiatique particulier : le cas de Viktor, 7 ans, avait été mis sur la place médiatique.

Les parents de Viktor avaient alors été aidés par un bureau de communication qui avait d’initiative pris contact avec eux pour médiatiser le cas de Viktor pendant les négociations entre Onkelinx et Alexion.

Détail découvert par les médias à l’époque : ce bureau aurait été payé par Alexion (RTL l’annonçait avec certitude, la RTBF au conditionnel). L’association de l’industrie pharmaceutique avait jugé la pratique d’Alexion « inacceptable », mais le pari était gagné : une pétition avait réuni 30.000 signatures pour sauver la vie de Viktor. Si Alexion Belgique prête attention à ce blog, ce sera sans doute un de ces mêmes groupes de relations publiques qui s’arrangera pour que le référencement de cet article arrive en 17e page.

Alors ?

Les personnes touchées par des maladies rares doivent bénir tous les jours les chercheurs qui ont trouvé et trouvent un remède pour leur permettre de vivre. Par ailleurs, ils peuvent également chérir l’organisation sociale des états et la sécurité sociale, un système qui leur permet d’obtenir ces médicaments. Là où Axelion (me) pose problème, c’est dans sa raison d’être. Les bénéfices et la croissance économique. En janvier 2015, l’ambition d’Alexion serait de «lancer un à deux produits ou nouvelles indications par an dans les années à venir»[i]. Il n’y est nullement question de santé, d’accès au soin, mais de performance d’entreprises.

La question des révélations Onkelinx / Axelion me paraît être alors celle-ci :

Une société pharmaceutique engrange des bénéfices conséquents, développe son réseau dans un paradis fiscal, paie son patron des millions de dollars, s’inquiète des risques pour sa croissance, vend un médicament inaccessible sans sécurité sociale, engage une boite de com’ pour «vendre» la vie d’un petit gars, pour manipuler l’amour de ses parents, faire pleurer dans les chaumières gauloises, le tout en décalage complet avec la finalité même de sa vocation qui est de soigner, sommes-nous vraiment obligés de vivre dans une telle société ? 

Olivier Bailly

 

 

 

 

 

 

[i] « Qui est Alexion, la biotech américaine qui vient d’installer une partie de sa R&D en France ? », L’Usine Nouvelle, Gaëlle Fleitour, 26 janvier 2015

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